1901 – 2017, l’histoire continue pour l’usine du Docteur Pierre à Nanterre

Il y a deux choses dans un édifice: son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde; c’est donc dépasser son droit que le détruire.
Victor Hugo  La revue des deux mondes 1832.

L’édifice, que conçoit l’architecte Albert Aubert en 1900, pour la célèbre marque de dentifrice dite « Du Docteur Pierre », a vocation à  être admiré de tout le monde. Aussi un soin tout particulier est apporté à son esthétique générale et à l’ornementation de la façade qui doit aussi capter l’attention des voyageurs du chemin de fer de la ligne Paris-Saint-Germain.
Aujourd’hui encore, ce bâtiment interpelle les usagers du RER et les habitants de Nanterre qui ne connaissent pas tous son origine.
Nanterre peut s’enorgueillir d’avoir sur son territoire l’un des rares et irremplaçables témoignages en Île-de-France, d’une architecture industrielle imprégnée de normes classiques, utilisant la pierre, la brique et le décor céramique.
Témoignage architectural de l’histoire industrielle de la ville, il est aussi un lieu de la mémoire ouvrière.
Ces caractères d’art et d’histoire, exceptionnels, ont justifié à la demande de madame Jacqueline Fraysse, alors maire de Nanterre, l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques réalisée en 1992.

Cette histoire méritait d’être connue.

Pendant le XXe siècle, trois grandes marques s’y sont succédées : L’alcool de menthe du Docteur Pierre, Forvil, et Natalys. C’est cette histoire qui sera racontée ici,  mais tout d’abord faisons connaissance avec le site de l’usine et avec ce fameux docteur Pierre dont le public ne connait que le prénom.

Pour accéder directement à une partie de ce document, cliquer les choix présentés ci-dessous.

.

 

.
Le plan du site en 2010

.

Qui était Pierre Mussot?

Pierre MUSSOT est né le 9 février 1801 à Paris. Dernier né de  Martin Mussot et de Marie-Paule Houdaille,.il a deux frères et une sœur.
Son père, marchand de bois aisé, deviendra parfumeur.
On ne connait que peu de choses de l’enfance de Pierre MUSSOT, à part qu’il devient orphelin de père à l’âge de onze ans.
Son frère ainé Paul Martin, reprend le commerce de bois du père, ce que confirme l’annuaire Bottin de 1837. On découvre aussi que Pierre y a exercé une fonction puisqu’on le retrouve inscrit sous cette profession sur la liste du tirage au sort en 1821 concernant la conscription. Exempté du service militaire en raison d’une blessure à la jambe, il s’inscrit en 1827 à L’École de Médecine et obtient son diplôme en 1833.
Ce diplôme de médecin sera l’argument essentiel de promotion de sa marque qu’il va créer  car de beaucoup de ses concurrents ne peuvent que se prétendre professeur, docteur… L’annuaire Bottin de 1837 confirme son  installation en tant que médecin à Tivoli.
Au cours de ces années il crée son dentifrice, et la gazette médicale de Paris recommande son eau-dentifrice en indiquant l’existence d’un dépôt au 14, rue Montmartre à Paris.
Pierre Mussot meurt le 25 janvier 1860 à son domicile rue de Milan à Paris. Sans héritier, il lègue la totalité de ses biens à son frère Paul Martin qui décède à son tour le 29 mars 1861. Adrienne Louise Virginie Mussot, fille de celui-ci, reprend les affaires en mains, au moins jusqu’à son mariage le 3 avril 1864, avec Charles Alexandre Hubert Chouet, avocat à Paris.
Né le 23 mars 1838 à Lormes, fils de notaire, M. Chouet s’est destiné au droit. Établi en tant qu’avocat il est aussi juge au tribunal de commerce de la Seine.
C’est lui qui va assurer la direction de l’entreprise et lui impulser un nouvel essor.
.

Magasin place de l’Opéra, usine à Asnières

La société Alexandre Chouet et Cie est créée.
Le siège social et le magasin sont situés 8, place de l’Opéra. L’usine est installée 18, Grande-Rue à Asnières.

 Pour revenir au Sommaire

.

Exposition Universelle Vienne 1873,  Exposition Française de Moscou 1891

La marque se développe dans le contexte du courant hygiéniste du XIXe siècle. Elle profite également du développement de la publicité naissante et des innovations dans les domaines de la lithographie et des accords commerciaux internationaux.
 La marque est déjà connue internationalement. À gauche la vitrine à l’exposition universelle à Vienne en 1873, à droite exposition à Moscou en 1891
L’usine d’Asnières est devenue trop étroite.

.

La villa de l’architecte Albert Aubert à NanterreEn 1900, le site de Nanterre est choisi pour y construire une nouvelle usine. Pour, aussi, y cultiver la menthe poivrée dont est extrait un alcool et qui entre dans la composition des préparations hygiéniques.
Les avantages de cette implantation nouvelle tiennent à plusieurs facteurs: le prix du terrain est moins cher qu’à Asnières, la surface proposée est bien plus grande, le site se situe à proximité immédiate de la gare, et fiscalement Nanterre se distingue par l’absence d’octroi.
Albert AUBERT, architecte établi à Nanterre, va concevoir la nouvelle usine. Il est bien connu dans la ville où il a fait construire plusieurs immeubles collectifs et des villas bourgeoises telle l’actuelle mairie de quartier du Chemin-de-l’Ile.

.

La façade du bâtimentAlbert Aubert conçoit un bâtiment d’apparat qui s’intègre au quartier résidentiel dit « le quartier neuf ». La façade visible de la ligne Paris-Saint-Germain est particulièrement soignée.
Elle se compose d’un avant-corps central à trois niveaux flanqué de deux corps latéraux de deux niveaux.
Chaque étage de cette partie centrale est traité différemment, notamment en ce qui concerne les baies, leurs linteaux et leurs allèges. La travée centrale, très architecturée se termine par un fronton vitré, orné de cabochons de céramique de couleur et d’acrotères. 

.

Le dômeIl est surmonté d’un dôme carré, couvert d’ardoises posées en écailles, les arêtiers sont à décor de corde, il est couronné d’un campanile. Une balustrade de pierre court le long de la terrasse entourant le dôme.
Ci-dessous le dôme après l’opération de réhabilitation.

Pour revenir au Sommaire

 .

Les métopesSous la corniche les métopes sont ornés de carreaux de céramique, à motif de chardon vert sur fond jaune dans un cadre turquoise. 

.

La vue côté courLe côté cour est plus sobre, on remarque l’horloge. Il s’agit de l’entrée du personnel, des livraisons etc…


Pour revenir au Sommaire

.

L’aile et le champ de menthe

.

La vue depuis l’avenue du général GalliéniLa maison du concierge et le pavillon de l’administration.

.

La vue depuis la Rue BecquetPour revenir au Sommaire

.

Le distillateur500 Kg de menthe sont nécessaires à l’obtention 1 litre d’alcool.

.

Le laboratoire de fabricationLes fenêtres implantées de chaque côté de l’atelier assurent un éclairage naturel maximum. En complément l’électricité nécessaire est produite par deux dynamos actionnées par deux moteurs à gaz.

.

Le remplissage des flacons

Pour revenir au Sommaire

.

Les produits du Docteur-Pierre

.

La publicité – Les illustrateurs

Pour revenir au Sommaire

.

La Première Guerre mondialeLa mobilisation de milliers d’hommes ouvre un nouveau débouché pour l’entreprise car le paquetage du soldant contient un savon dentifrice conservé dans une boîte en aluminium.

.

Publicité conjointe pour les deux marques.

Forvil

Né le 6 janvier 1881 à  Wolkowiskler en Pologne, Léo Fink est l’un des membres du groupe d’investisseurs, fondateur en 1908, de la Société française des parfums d’Orsay. Il a ouvert une parfumerie, au 1 rue de Castiglione à Paris et souhaite donner un nouveau développement à son activité. Par acte notarié du 2 juillet 1923, est fondée la Société des Parfums Forvil et dentifrices du Docteur Pierre réunis.

 .

Une nouvelle usineL’essor de la nouvelle société a nécessité l’extension des ateliers et entrepôts. En 1931, le long de la rue Becquet, sur l’emplacement d’une culture de menthe poivrée, de l’alambic et du pavillon des services administratifs, un nouveau bâtiment a été édifié par  Emile Molinie et Charles Nicod grand prix de Rome en 1907, architectes DPLG à Paris.
125 ouvriers sont déclarés en 1935, il s’agit d’une majorité de femmes.
La mode est à la brillantine

Pour revenir au Sommaire

.

1936 Les salariés de Forvil occupent l’usine

Pour revenir au Sommaire

.

1939-1945 Les années noiresLe 3 juin 1940 l’aviation allemande bombarde Nanterre. L’usine gravement touchée est  inutilisable.
Dans la France occupée l’aryanisation économique se met en place. Des mesures sont prises visant à retirer aux juifs tout pouvoir de direction et d’influence dans la vie économique. Des commissaires gérants ou des administrateurs provisoires sont désignés pour vendre et liquider leur biens.  Le 14 septembre 1940 le conseil d’administration se réunit, Léo Finck quitte la salle, Un administrateur est désigné pour une durée de trois ans. Ce qui permet de maintenir l’activité de la société celle-ci n’étant plus considérée comme juive.

.

Après la Seconde Guerre mondiale

.

Publicités pour la brillantine et les cosmétiques

Pour revenir au Sommaire

.

Revente à NatalysQui installe dans les anciens locaux de Forvil, les services administratifs et comptables, un atelier de création et de confection de modèles, des magasins et des services d’expédition qui occupent  150 personnes environ.

.

Un incendie détruit partiellement l’usine

Le 21 mai 1992 un incendie détruit l’usine, l’action des pompiers empêche la propagation du feu au bâtiment ancien. Une nouvelle usine est construite en 1994 conçue par les architectes André Chantallat et Gérard Luici.

Pour revenir au Sommaire

 .

Natalys cède le site au groupe Sergent-MajorEn 2006 Natalys cède le site au groupe Sergent-Major qui intègre les différents services à ses propres services  à Montreuil et à Lyon. Aucune activité n’est maintenue sur le site.

.

Conservation et réhabilitation du bâtiment classé en 1992 à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.
En 1992 à la demande de Mme Jacqueline Fraysse, maire de Nanterre, inscription de l’ancienne usine du Docteur Pierre et des jardins, à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques.

 Pour revenir au Sommaire

.
Le bâtiment de l’Usine du Docteur-Pierre en 2017

.
Découvrir l’ouvrage « L’usine du Docteur Pierre à Nanterre, un bâtiment remarquable »

.
.
Revue de presse septembre 2017
Le Parisien 

Nanterre info

Pour revenir au Sommaire

 

 

Ce contenu a été publié dans Conférences, Des origines à nos jours..., Histoire de Nanterre, Industrie. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.